L’école de crevasse

Le jour ou l’un des membres de votre cordée (peut-être sera-ce vous) passera dans une crevasse, pour peu qu’il fasse mauvais, que vous soyez fatigués… il sera difficile d’avoir le bon geste, précis, sans affolement, si vous n’avez pas testé la chose avant, dans des conditions plus faciles. Car, il faut le dire, cela reste un exercice très difficile. Je vous conseille donc vivement de faire de temps à autres de « l’école de crevasse ».

Outre le fait que de tels exercices sont extrêmement utiles, vous verrez qu’ils sont aussi bien agréables et permettent d’approcher d’un peu plus près les crevasses qu’on a rarement l’occasion de voir de l’intérieur (Dieu merci !).

Voici quelques conseils, leur mise en pratique dans de bonnes conditions demande au moins 3 heures d’affilée.

Préparation du site et de l’exercice

  • Choisissez, sur terrain glaciaire plat,  une belle crevasse, large et profonde, au bord bien net. Si ce terrain de jeu peut être situé à proximité immédiate de la civilisation (un refuge, un accès…) c’est une sécurité de plus, on ne sait jamais ce qui peut arriver, il serait trop dommage qu’un exercice se termine mal.
  • s’il y a à proximité un téléphérique qui monte suffisamment haut et donne accès à un terrain glaciaire, il peut être judicieux de l’utiliser pour aller passer une journée en haute altitude et redescendre le soir. Ce genre de téléphérique existe dans les massifs du Mont-Blanc, de l’Oisan, des grandes Rousses, dans de nombreux massifs suisses… Mais marcher à pied est également une excellente mise en condition pour la suite.
  • Entourez-vous d’une équipe consistante pour ce genre d’exercice : si quelqu’un se trouve mal, il faudra le remonter rapidement, il vaut mieux dans ce cas être 5 ou 6 personnes.
  • Mettez-vous en conditions réelles. Encordez-vous correctement selon la configuration de la cordée dans laquelle vous êtes. Si vous préparez un raid, prenez votre sac sur sur le dos, avec tout son contenu.
  • Préparez un solide point d’ancrage, qui servira à assurer les cordées qui travailleront. En terrain neigeux, la solution passe le plus souvent par l’installation d’un corps mort.
  • Une personne se positionne à l’assurance, près de ce corps mort. Elle assurera la dernière personne de la cordée, celle qui sera la plus éloignée de la crevasse, afin de pouvoir retenir l’ensemble de la cordée si celle-ci n’arrive pas à enrayer la chute du premier et est entraînée vers la crevasse.

La chute dans la crevasse

  • La cordée se positionne perpendiculairement à la crevasse et avance vers celle-ci.
  • Lorsque le premier arrive au bord, il fait « comme si de rien n’était », et continue d’avancer jusqu’à chuter.
  • Les autres membres de la cordée le retiennent comme ils peuvent.

On est souvent très surpris, lors de cette première phase de l’exercice, de la violence que ressent le second de cordée lorsque la corde se tend. Pour faire le tour de la question, il peut être intéressant de tester diverses configurations lors de cette première phase :

  • Positionner la cordée en diagonale par rapport à la crevasse. Si la bordure de la crevasse est dure, la personne qui tombe va alors glisser progressivement jusqu’à venir au plus proche de la personne suivante. Exercice à éviter en cas de bordure de crevasse coupante !!!
  • Le premier ou le second de cordée prend un ou 2 anneaux de corde à la main. Ce cas de figure est très souvent observé dans la réalité.  Lorsque le premier chutera, le choc arrachera les anneaux de la main de celui qui les porte, la hauteur de chute sera augmentée d’autant, et la violence du choc ressenti par le second sera décuplée. Instructif !
  • La cordée compte 4, puis 3, puis 2 personnes. Plus la cordée est nombreuse et la corde tendue entre les personnes 2, 3… etc…, plus la violence du choc sera partagée entre tous et donc facile à encaisser. Dans le cas d’une cordée de 2, il n’est pas rare de voir le second « voler » littéralement. Assureur de l’exercice, sois vigilant.
  • Choisir une crevasse au rebord bien net, puis une crevasse au rebord  de neige profonde… Plus la neige est molle, plus le choc est absorbé. Par contre la remontée sera plus problématique. On n’a jamais tout pour soi !

Une fois que la personne est au bout de sa corde, descendez-la progressivement à 6 ou 7 mètres de profondeur dans la crevasse. L’une des photos ci-contre donne un aperçu de sa situation.

Les exercices de remontée

Pratiquez alors des exercices simulant différents cas de figure :

  • La personne qui est au fond remonte seule
  • La personne qui est au fond est remontée par ceux qui sont encore à la surface.

La démarche à suivre pour ces situations est décrite à la page « Se sortir d’une crevasse« 

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