Les crêtes du Mont Rose

Le Mont Rose… bien que je n’y sois jamais monté, à ce sommet sont liés de vieux souvenirs de galère. Ma seule incursion dans la haute montagne suisse s’est soldée il y a bien longtemps déjà par une drôle d’aventure hivernale, que je ne suis pas sûr d’avoir envie de revivre un jour.

Mais c’était une autre époque, à la quelle j’étais assez inconscient pour me lancer au travers des glaciers du Valais à Noël, une saison à laquelle toutes les crevasses sont béantes, glaciales et sombres, n’attendant que leur proie, dont nous faillîmes être. Vingt ans après, j’ai fini par comprendre quelques trucs intéressants et utiles concernant la haute montagne, et j’ose espérer qu’une nouvelle tentative dans ce massif énorme sera plus heureuse.

L’idée

Depuis 2 ans, j’entends parler du Mont Rose par  des amis. Les hasards de la vie ont mis à leur disposition un chalet d’alpage en Italie, dans la vallée de Gressoney, à 2000 mètres d’altitude. D’abord assez peu attentif, je comprends peu à peu que ledit chalet est au pied du Mont Rose, et qu’il semble possible d’en partir directement à pied pour le sommet. Mon sourcil droit se soulève. A tout hasard, il y a quelques mois, je commande par correspondance la carte au 25.000 ème du lieu. Elle est indisponible, elle n’arrivera que dans très longtemps, je pense à autre chose.

Et voilà t-y pas qu’aujourd’hui, le facteur dépose ladite carte dans ma boite. Toutes affaires cessantes, je l’ouvre, le coeur battant. Bon sang, quel massif : elle est aussi blanche que celle du Mont Blanc. Des glaciers énormes, des vastes épaulements pas trop pentus… au premier coup d’oeil je comprends que c’est exactement le genre de terrain que j’aime. On peut y divaguer à son aise, selon ses envies du moment, en se décidant « à vue » sur les itinéraires à emprunter.

J’attrape un crayon et déjà, à grands traits nerveux, je commence à tracer des itinéraires réalistes ou fantasmés. La question du départ de l’itinéraire trouve sa réponse d’emblée : ce sera le val de Netscio, dans lequel est situé le chalet des amis. Il semble que ce point de départ ne corresponde pas à l’itinéraire le plus rapide, et donc le plus couru. Tant mieux. Nous devrons donc commencer par une longue traversée montante pour nous diriger vers le coeur du massif tout en gagnant tranquillement de l’altitude. parfait pour se mettre en jambe et s’acclimater tout doucement.

Pour ce que j’en comprends au vu des seules informations dont je dispose actuellement (à savoir cette carte et les quelques indications qui y sont portées), notre itinéraire rejoindrait la « voie normale italienne » vers 3500 m d’altitude, à proximité du refuge di Mantova. C’est incroyable le nombre de refuges qu’il y a dans ce coin : Pas moins de 4 entre 3500 et 4500, une vraie autoroute bordée d’hotels. Et ce dernier, si proche du sommet. Quelle idée ! Tout ça ne me plait pas énormément : le but, c’est quand même d’être tranquille.

Il va falloir trouver des solutions pour s’écarter au maximum de cet itinéraire et de ces refuges. Mais le terrain semble le permettre. A partir de 3600 m (refuge Gnifetti), 3 directions semblent possibles : gagner la pyramide Vincent et suivre l’arête sommitale sur 4 ou 5 kilomètres, passer tout droit et gagner la « sella », à 4153, ou traverser à gauche vers le « Naso del Liskamm », et monter au Liskamm.

La suite des 3 itinéraires pose la même question : le sommet principal du Mont Rose (qui si je lis bien ma carte est la Pointe Dufour, à 4634 m) est il facile à atteindre en suivant la crête frontière, ou les difficultés  techniques sont elles trop importantes pour des gens chargés comme nous le serons ? Auquel cas, il faudrait faire un grand détour en redescendant sur le glacier de Grenz, contourner l’éperon rocheux du Sattel vers 3700 m, puis remonter par la face nord ouest qui semble à notre portée.

Et puis, ensuite, il y aurait tellement s’autres possibilités, continuer indéfiniment vers le nord et enchaîner cette arête sur des dizaines de kilomètres…

Je trace, je trace, sans avoir la réponse à mes questions. Pour le moment, on rêve. Après, on verra.

Avec un peu de recul, l’ensemble des itinéraires que je viens de tracer ressemble à un cormoran, les deux ailes ouvertes, l’une sur le Lyskamm et l’autre sur la pointe Zumstein. Le bec pointe la pointe Dufour. Oiseau noir pour sombre présage, ou ailes écartés pour jouir au mieux de la vie et des rayons du soleil.

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