Rêve éveillé Si vous voulez m'aider, achetez mon livre :
"Sacré mont Blanc"
Chez
Marc Lemonnier
Cévenne vivante
Recherche sur le siteNouveau sur le site
Liens Ignorer la navigation
Accueil
Nouveau
Généralités
Vie
Gens
Coins
Balades
Récits
Art
Rubrique : La vie
Au plus fort de la pluie, pendant l'épisode cévenol
Des torrents d'eau traversent la route pendant l'épisode cévenol
"Mare aux poteaux"... la plaine des Crottes totalement inodée pendant un épisode cévenol
Vision d'horreur subaquatique : d'une bouse de vache submergée par la crue, des asticots noyés se détachent heure après heure
Pendant plusieurs jours, des rivières temporaires vont évacuer les incroyables quantités d'eau déversées par l'épisode cévenol
Archipel de touffes d'herbes
Les pieds dans l'eau
Une cloture a filtré les bouses de vaches emportées par la crue
Pieds nus dans l'eau après la pluie
Pendant plusieurs jours, après un épisode cévenol, la montagne coule

L'épisode cévenol

Dans la nuit, le vent est passé au sud, poussant vers les Cévennes un plafond de nuages lourds qui défilent devant la lune. Les arbres, les volets, les portes de la maison ont commencé à respirer sous l'influence du souffle tiède aux odeurs de mer et de garrigue. A l'intérieur des maison, une agitation inquiète a pris possession des corps endormis. Abandonné par le sommeil, debout devant la fenêtre, je contemple la nuit noire... tout le vallon bruisse, et la somme de ces milliers frottements de feuilles forment une rumeur ample et sourde.

Poc ! Un impact unique mais puissant retentit sur le vélux. Je lève les yeux. Une large auréole d'eau achève de s'étaler à l'endroit ou est tombée la première goutte. Durant quelques secondes on pourrait croire qu'il n'y en aura qu'une. Mais une seconde arrive, et bientôt d'autres suivent à une cadence qui accélère comme une locomotive à vapeur quittant le quai. Un crépitement continu envahit le silence de la pièce obscure.

Au lever du jour, la pluie forme un rideau continu devant les fenêtres, transformant le versant opposé de la vallée en une simple ombre à peine perceptible. Pour un normand comme moi, la pluie peut prendre deux formes extrêmes : le fin crachin qui dure, ou la violente mais passagère pluie d'orage. L'épisode cévenol, c'est les deux à la fois. Une pluie lourde, et qui dure, dure, tant qu'on n'arrive pas à comprendre comment le ciel peut produire tant d'eau sans s'assécher à jamais. Une journée au minimum. Souvent deux ou trois d'affilée.

L'épisode survient à deux moments principaux de l'année : à l'automne et au printemps. Celui du printemps n'est pas le bienvenu : succédant généralement à une période de froid sec qui rend les Cévennes accueillantes au coeur de l'hiver, il les transforme en flaque d'eau glacée, et fait gonfler les doigts de pieds dans les chaussures.... Celui d'automne, ces dernières années de sécheresse, a au contraire pris l'allure d'un sauveur : il fait boire la terre assoiffée, il vient remplir ras la gueule les nappes phréatiques vidées par le réchauffement global... On est content de le voir arriver, mais après quelques heures, un léger malaise s'installe. Des auréoles d'humidité commencent à apparaître aux plafonds, les filets d'eau courant sur les routes se transforment bientôt en torrents que l'on traverse dans des gerbes énormes. Les alertes oranges, puis rouges, en provenance de la plaine, nous racontent des accidents terribles de passants emportés. Et si nous étions en danger, ici aussi ? Si l'eau montait partout, envahissait les maisons, entraînant les femmes et les enfants hurlant de terreur vers une rivière grondante qui les engloutirait à jamais ? Non, le risque n'en est pas un. Depuis des siècles, chaque année rappelés à l'ordre par l'épisode, les hommes des Cévennes ont compris qu'ils ne pouvaient pas construire n'importe où. Les ponts sont solides et enjambent largement les rivières. Les routes sont haut perchées sur les versants. Aucune maison n'occupe les quelques plaines alluviales de bord de rivière... Simple bon sens.

A Florac, dans la lumière glauque de la rue déserte et torrentielle, des silhouettes fantomatiques courent d'un magasin à l'autre, sautant par dessus les flaques en agitant des parapluies submergés. Chaque boutique est un havre de lumière dans lequel on se réfugie quelques temps pour faire une course, mais surtout donner et recevoir des commentaires sur l'événement. Le Tarnon, il a monté plus vite que jamais, c'est certain. Il atteint aujourd'hui presque le niveau du parking du CEP, pensez donc ! Il paraît qu'une voiture est tombée dans la rivière, quelque part en aval. L'information n'est pas confirmée, mais on plaint les pauvres occupants. Quelques vieux font la moue : toute cette eau, elle va trop vite, elle glisse sur le sol, elle ne pénètre pas, ce n'est pas ça qui va faire du bien aux nappes, pour sûr ! Et c'est vrai que la montagne s'est mise à pleurer, à dégouliner. Des centaines de petits filets d'eau se sont mis à couler dans chaque léger creux de terrain. De loin, les versants sont barrés de multiples rainures blanches dont le murmure envahit le silence lorsque la pluie cesse de tomber quelques minutes.

Là-haut, sur le plateau de la can de l'Hospitalet, l'eau elle n'a pas tant glissé que ça. Elle a même fini par s'accumuler franchement, en formant une multitude de lacs temporaires. La terre est gorgée, le ventre plein, elle n'en peut plus de boire, alors elle met l'eau en attente. Dans quelques heures, la pluie va diminue d'intensité puis s'arrêter tout à fait, laissant le pays saoulé, incrédule dans le silence tout neuf.

Alors, tout doucement, l'eau va commencer à quitter le pays, par avens et rivières. Les lacs vont baisser tout doucement, les touffes d'herbe vont réapparaître par le sommet puis la racine, les arbres vont cesser d'être des îles désertes.

Les eaux fuyante vont se concentrer en rivières fugaces mais puissantes, nettoyant la can de ses bouses de vaches séchées, qui seront transportées sur des centaines de mètres et tamisées par la première clôture que croisera le courant.

Pendant quelques jours, les versants vont terminer de pleurer tout doucement, puis ce sera fini.

C'est précisément le moment où il faut aller marcher pieds nus sur les routes encore inondées...

12/05/2008
La fleur parfaite Quizz dans une cuisine cévenole
A lire dans cette rubrique
La boite aux lettres de Grattegals.
Une boite postale, au milieu de presque rien
Assemblée commémorative à l'Hospitalet.
200 personnes sont rassemblée dans l'ombre des hêtres, au milieu des rochers ruiniformes. La foule massée au sommet des rochers ou au fond des trous ressemble à une mer houleuse.
Au fil des saisons.
Ce matin, le sommet du Mont Lozère était blanc. Juste un chapeau, à la lisière inférieure horizontale et bien marquée. La première neige. Elle a tardé un peu, cette année...
Construire un toit de bardeaux en Cévennes.
Cette fois, c'est avéré. Le toit de notre maison fuit ! Il y a quelques années, seules les pluies les plus fortes et les plus tenaces réussissaient à introduire quelques gouttes dans notre intérieur.
Cueillettes et autres petites pratiques rurales.
En Cévennes, on n'a pas le choix : il FAUT faire des cueillettes à l'automne !
De ma fenêtre....
Vues depuis ma fenêtre, au gré des jours, des saisons, des années...
Hiver de neige.
Hiver de neige en Cévennes
Ils partent.
Cette fois ça y est : ils partent. Les enfants quittent la maison. Définitivement.
Jeux d'enfants.
Les Cévennes ne sont exemptes ni de Gameboy ni de portables... les enfants y connaissent autant qu'ailleurs des sollicitations du monde moderne propres à énerver les parents qui trouvent "qu'ils ne savent plus s'amuser avec ce qu'ils ont", ou "qu'ils veulent toujours plus"...
L'écobuage.
L'écobuage est une pratique agricole consistant à bruler les végétations envahissantes pour nettyer les terrains.
L'épisode cévenol.
Dans la nuit, le vent est passé au sud, poussant vers les Cévennes un plafond de nuages lourds qui défilent devant la lune. Les arbres, les volets, les portes de la maison, tout a commencé à respirer sous l'influence du souffle tiède aux odeurs de mer et de garrigue.
La fête.
L'orchestre foutraque et improvisé qui a joué toute la soirée s'est peu à peu réduit. Ses membres, comme le reste de l'assemblée, ont progressivement gagné des lieux de repos... Me voilà seul à jouer encore.
La fleur parfaite.
Sous les assauts du printemps, le sous-bois est tiède, chargé d'effluves résineuses, percés de rais de lumière qui constellent le sol de taches claires.
Le cinéma associatif.
Comparatif du cinéma associatif en Cévennes et dans le Mercantour
Le tableau électrique.
Mon copain Steph, il a installé tout seul l'électricité de sa maison. C'est un crack ! Y'a qu'à voir le tableau électrique !
Les cabanes.
Les cabanes... sans doute une partie de la légende des Cévennes d'aujourd'hui
Les enfants et les chèvres.
Les enfants râlent, râlent. On veut ENCORE les emmener en balade. Eux, ils voudraient qu'on leur foute-la-paix !
Les fabuleuses aventures de Pioupiou en Cévennes.
Pioupiou est un jeune oiseau qui va prendre son envol pour la première fois. Suivez son apprentissage en direct
Notes sur l'aventure de la découverte du corail du Serre de Montgros.
La fantastique aventure scientifique de la découverte des coraux du Serre de Montgros, racontée minute après minute sur un rythme haletant
Organiser un chantier de copains, une journée chinoise.
Quelques conseils pour faire travailler un grand nombre de personnes sur un chantier.
Plongée à Baume Dolente.
17 février 2007. Deux plongeurs vont franchir le siphon de baume Dolente pour essayer de reconnaître les suites du réseau
Prospections spéléo.
Prospecter... voilà une activité qui se prète bien aux Cévennes, si tortueuses, si secrètes. Presque tout ce qui est intéressant et important commence par se cacher à la vue.
Quizz dans une cuisine cévenole.
Attention, regardez-bien la première photo ci-contre, et essayez de déterminer de quoi il s'agit. Si vous n'êtes pas sûr(e) de vous, cliquez dessus pour la voir en plus grand... Alors ?
Rat des villes, rat des champs.
Finalement, l'home est-il fait pour vivre à la ville, ou à la campagne ? En Cévennes, la faible densité de population fait prendre une acuité toute particulière à cette question.
Séance de balnéothérapie.
Souvenirs d'un surréaliste bal sous les flocons.
Sortir la tête.
Naître n'est jamais facile. J'en sais quelque chose : je suis moi-même né un jour. En Cévennes, cet événement prend une dimension particulière.
Une journée à Radio Bartas.
Une journée dans les locaux de la radio associative de Florac
Une semaine de jeûne.
Chronique de cinq jours de jeune en Cévenne
Venir vivre en Cévennes ?.
Quelques conseils pour ceux qui veulent vivre en Cévennes.
Liens Ignorer la navigation
A propos du site "Rêve éveillé"
Si ce site vous a été utile
Toutes les pages