Rêve éveillé Si vous voulez m'aider, achetez mon livre :
"Sacré mont Blanc"
Chez
Marc Lemonnier
Cévenne vivante
Recherche sur le siteNouveau sur le site
Liens Ignorer la navigation
Accueil
Nouveau
Généralités
Vie
Gens
Coins
Balades
Récits
Art
Rubrique : Les gens

Qui sont les cévenols d'aujourd'hui ?

Je vais maintenant m'autoriser à jouer les sociologues, en essayant de décrire différentes catégories de personnes qui peuplent ce pays. Attention, c'est du 100% subjectif !

Le premier élément fort qui me vient à l'esprit lorsque je pense à la population locale, c'est donc la distinction entre "cévenols de souche" et "néo" (néo-ruraux). Il semblerait qu'aujourd'hui, en Cévennes, ces deux populations arrivent quasiment à l'équilibre en terme d'effectif, ce qui n'est probablement pas très courant dans la France rurale.

A priori monolithique, cette dualité mérite qu'on l'étudie d'un peu plus près car elle cache une diversité étonnante.

Il y a bien sûr et d'abord les cévenols "de souche". Ils vivent dans ce pays depuis toujours. Beaucoup de jeunes quittent le pays à l'âge adulte. Ceux qui restent le font soit par choix, parce qu'ils aiment être ici, soit parce qu'ils n'ont pas vraiment d'autre solution. Ils sont agriculteurs (ayant repris l'exploitation familiale), commerçants... Aujourd'hui, en Cévennes ils représentent moins de 50% de la population... C'est une situation étrange que d'être natif d'un pays et d'en devenir, progressivement, une minorité.

Il n'est pas facile à un néo comme moi de bien les connaître : nous fréquentons des lieux différents, nous n'avons pas forcément les mêmes centres d'intérêt. De fait, les villages où le mélange entre néos et cévenols se fait bien sont, me semble-t-il, rares. J'ai cette impression concernant le Pont de Montvert, par exemple. Mais je n'y vis pas.

Même si je ne connais pas bien les cévenols, je ressens une différence entre deux sous-populations : les catholiques et les protestants. Il ne s'agit pas vraiment d'une différence de religion, mais plutôt de culture et de manière d'appréhender la vie. Les catholiques (qui sont plutôt sur les causses et dans le nord des Cévennes) forment des communautés assez soudées, ils font la fête ensemble. Les protestants me semblent d'un naturel plus austère, mais en même temps plus cultivé et plus ouverts sur la différence. Personnellement, je me sens plutôt mieux avec eux qu'avec les catholiques, je sens de leur part un plus grand intérêt pour ce que je suis.

Et puis il y a les "néos". Ceux qui sont arrivés d'ailleurs.

Il y a bien sûr eu la "première vague" néo, dans les années 70. Une partie de ceux qui sont arrivés à cette époque sont toujours là. Après avoir fait leurs expériences, ils ont finalement réussi à faire leur trou, à s'inventer un mode de vie durable. Leur statut est particulier : personnalités parfois mythiques pour des néos plus récents, certains ont également réussi à se faire reconnaître des cévenols de souche, ce qui n'est pas une mince affaire. Du coup, leurs enfants sont parfois presque considérés comme des locaux, et naviguent à mi-chemin des deux mondes.

Mais finalement, les précurseurs ne sont pas très nombreux. La majorité des néos actuels sont arrivés bien plus récemment, et continuent d'affluer régulièrement. Et c'est là que, d'après moi, se trouve la plus folle diversité q'êtres humains, d'envies, de projets et de réalisations sérieuses ou farfelues que l'on puisse imaginer.

Les "agro" créent de toute pièce leur exploitation agricole. Avec un produit principal, comme le pélardon, ou l'élevage ovin pour produire du lait qui sera envoyé à Roquefort. Mais en y ajoutant très souvent plusieurs activités annexes venant compléter ce premier revenu : un peu d'accueil, un peu de cueillette et transformation de petits fruits... Chacun cherche ses créneaux, et réussit finalement à vivre à peu près correctement.

Il y aussi les "tourisme". Evidemment, dans cette région, beaucoup de choses se sont organisées autour de l'accueil des touristes. Il y a floraison de petites entreprises de location de canöes, d'activités de pleine nature... Ce sont des jeunes dynamiques et avec plein de projets en tête qui ont pris ces créneaux.

Il y a les "service public". Comme ailleurs, il faut faire tourner la société organisée. Florac, malgré sa petite taille, est tout de même la sous-préfecture du sud-Lozère, ce qui implique plein de services.

Et puis, il y a les "vie au jour le jour". Ils sont là pour... vivre. Au mieux possible, et pourtant généralement avec très peu de sous. Les moyens d'y arriver sont nombreux et diversifiés. Certains touchent le RMI, complètent ce maigre pécule avec de petits boulots au noir, et essaient de ne pas trop dépenser. D'autres approfondissent toutes les méthodes qui leur permettent de n'avoir pas à dépenser : production de ses propres produits, construction de sa maison (souvent sous forme de cabane...). Ce sont des gens très différents de moi, et dont le contact m'apporte beaucoup : de la réflexion sur mon propre mode de vie, mais aussi de l'ouverture sur d'autres choses, d'autres plaisirs...

Quelle rencontre entre tous ces mondes ?

Personnellement, en tant que néo, je n'ai pas énormément de contacts avec les cévenols de souche. Les "réseaux" ne sont pas exactement les mêmes, les centres d'intérêt non plus. Autour de moi je vois et j'entends des néos et des locaux se plaindre les uns des autres. Les néos, paraît-il, ignorent les locaux, et les locaux rejettent les néos.

C'est vrai que ce n'est pas facile de se partager l'espace. Chacun a des raisons objectives de ne pas se sentir entièrement bien. Les cévenols ont vu partir leurs enfants vers la ville parce que la vie était devenue trop dure, trop isolée... et voilà que des estrangers reçoivent maintenant des aides de l'Europe pour revenir travailler la terre, aide qu'ils n'ont pas eue en leur temps. Les conseils municipaux de certaines communes majoritairement habitées par des néos sont encore entièrement dirigées par des équipes municipales de cévenols, voire de cévenols exilés... Chacun a des choses, à dire, à se reprocher... et pourtant ce n'est pas comme ça qu'on va y arriver.

Aujourd'hui, il me semble que l'intégration commence. Certains néos de deuxièmes voire troisièmes génération commencent presque à être confondus avec des cévenols. D'autres, à force de travail, acquièrent peu à peu le respect de tous. Des locaux se font passer pour des néos. La communication, bon an mal an, s'installe. En 2004, pour la première fois, j'ai vu des bals traditionnels réguliers regrouper des néos et des cévenols sans signes extérieurs d'opposition ni même d'ignorance.

Je suis prêt à parier que dans une cinquantaine d'années ce clivage ne sera plus qu'un lointain souvenir.

11/05/2008
Une rose au paradis La râpe à fromage de Cabridou
A lire dans cette rubrique
Qui sont les cévenols d'aujourd'hui ?.
Je vais maintenant m'autoriser à jouer les sociologues, en essayant de décrire différentes catégories de personnes qui peuplent ce pays. Attention, c'est du 100% subjectif !
Lozère peu peuplée.
Une large partie des Cévennes est située dans le département de la Lozère. Ce département peu banal présente la particularité d'être le moins peuplé de France avec à peine plus de 70.000 habitants.
Camille Hugues.
Spécialiste de l'archéologie de la can de l'Hospitalet
Cévenol / Pas cévenol ?.
Contact.
Gens de l'Aigoual.
Là-haut, au sommet de l'Aigoual, il y a un château. L'hiver, au milieu de la tourmente, des gens y travaillent.
La râpe à fromage de Cabridou.
Un jour, Gwen et José ont acheté une râpe à fromage. Vous savez, ce modèle de base, composé d'une plaque rectangulaire percée de deux formats différents de trous; et d'un cadre métallique parfois habillé de plastique de couleur vive pour mieux tenir l'instrument en main.]
Le cévenol vers 1895.
Dépeindre le lozérien est, estimons-nous, chose impossible
Mais où est donc passé le colonel Pradeille ?.
Un avio qui s'écrase dans d'étranges circonstances, un pilote qui s'évanouit dans la nature... un de ces nombreux mystères qui planent sur la Cévenne profonde.
Mitterrand et les Cévennes.
François Mitterrand aimait les Cévennes, il y venait régulièrement.
Noms et prénoms en Cévennes.
Dis moi comment tu t'appelles et je te dirais d'où tu viens...
Ouvrir le passage.
C'est un versant escarpé, couvert de chênes verts torturés et courts sur patte. Il n'est pas difficile de deviner qu'il se sont récemment imposés ici, après que l'homme a abandonné l'entretien obstiné de ces lieux difficiles.
Une rose au paradis.
Une étonnante rencontre sur la can de l'Hospitalet
Vieux cévenol versus vieux cévenol.
Vieux cévenol versus vieux cévenol
Liens Ignorer la navigation
A propos du site "Rêve éveillé"
Si ce site vous a été utile
Toutes les pages