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Rubrique : La vie

Venir vivre en Cévennes ?

Je reçois régulièrement des messages de personnes qui rêvent de vivre en Cévennes. Ce sont souvent des citadins, pris dans une vie trop rapide, trop stressée. Ils rêvent de tout plaquer, de vendre, de changer de métier, de changer de vie, de changer de tout et de venir s'installer ici. Cette petite région, pour des raisons réalistes ou phantasmées, leur semble capable de leur apporter le bonheur qui (estiment-ils) leur fait défaut ailleurs... Ces gens me demandent si par hasard je ne connaîtrai pas une petite maisonnette isolée, voire "un hameau abandonné", qu'ils pourraient acquérir pour une bouchée de pain et venir y couler des jours heureux. J'ai tant de fois pris la plume pour tenter une réponse à ce genre de message que je me résous aujourd'hui à essayer de traiter le sujet de manière plus complète...

En préalable, êtes vous d'abord bien certain que la vie en Cévennes vous conviendrait ? Si vous faites partie de tous ceux qui ont découvert la région en été, vous risquez d'être surpris. Vous en avez connu le soleil, la vie au grand air, la rivière, les fêtes de village. Qu'en sera-t-il à l'automne, lorsque la pluie tombera sans interruption pendant trois jours (les fameux "épisodes cévenols"), poussée à l'horizontale par un vent violent qui la fera s'immiscer entre les pierres de votre mur jusqu'à former des flaques dans la cuisine ? Comment vivrez-vous les hivers rudes, souvent neigeux ? Apprécierez-vous de faire sans cesse des kilomètres sur de minuscules routes pour acheter du pain, amener les enfants à l'école ou à une activité extra-scolaire ? Lorsque le moment sera venu, serez-vous rassurés de savoir que la maternité la plus proche est à plus d'une heure de route et que chaque année des femmes accouchent dans la voiture ? Réussirez-vous à vous déshabituer de vos trois séances de cinéma hebdomadaires ? Aimerez-vous sortir de votre maison de montagne sous la pluie pour monter à la crête chercher le réseau téléphonique ? Apprécierez-vous forcément le chant matinal du coq (version bucolique des éventuels désagréments sonores de la campagne) ou les hurlements à mort des chiens des chasseurs, enfermés dans un chenil 6 jours sur 7 à 200 mètres de vos fenêtres (version plus réaliste).

Loin de moi l'idée de brosser un tableau sombre de la vie dans ces montagnes. Les inconvénients matériels que je viens de donner en exemple sont à mes yeux largement compensés par tout ce que j'aime ici : une nature somptueuse, une incroyable diversité de gens, un stupéfiant dynamisme social et culturel... mais c'est un fait, on ne peut pas vivre ici comme n'importe où en France, et certains ne le supporteront pas.

Admettons que vous soyez certain(e) de votre capacité d'adaptation. Comment procéder pour atteindre votre objectif ? Ce qui paraît simple de loin ne l'est pas en réalité.

Commençons par l'aspect le plus concret de la quête : le bâti. Comment trouver cette maisonnette ou ce hameau susceptible de vous accueillir ? Certes, il y a effectivement encore, ça et là, des bâtiments et peut-être même quelques hameaux "abandonnés", c'est à dire que personne n'y vit en permanence, et dans certains cas même, où personne ne vient plus jamais. Mais il est important de bien comprendre l'histoire de ces lieux avant de faire des projets. Ces domaines sont restés occupés jusqu'à ce que l'évolution du mode de vie moderne, là-bas dans les plaines, les rende inhospitaliers aux yeux de leurs habitants. Décennie après décennie, dans le courant du XXème siècle beaucoup de familles ont fait le choix de partir, parce que ce n'était tout simplement plus possible. Les hameaux les plus isolés, les terrains les plus difficiles ont été abandonnés les premiers. Les lieux qui bénéficiaient d'un accès plus facile, d'une orientation correcte et de terrains plus riches ont résisté plus longtemps. Certains, mieux lotis n'ont jamais été totalement abandonnés, et ont continué à servir de centre de regroupement familial, le lieu où l'on "remonte" pour les week-end et les vacances.

Quelques-uns de ces lieux, ceux qui n'ont jamais eu d'accès routier, en particulier, peuvent sans doute être considérés comme "abandonnés". Il arrive même que l'on ait perdu la trace des familles propriétaires. Mais dans la majorité des cas, même s'ils ne sont pas régulièrement utilisés, il ne sont pas oubliés pour autant. Ils constituent des lieux très importants pour des familles qui y ont leurs racines depuis des dizaines de générations. Peu de propriétaires accepteront de se séparer de ce patrimoine familial.

Les rares lieux à vendre sont chers. Il est loin le temps où un domaine s'achetait pour une bouchée de pain. Les Cévennes sont en train de devenir une région touristique attractive, les prix y ont grimpé en flèche. On parle même de "lubéronisation" des Cévennes. Une simple clède pourra se négocier à des tarifs tout à fait déraisonnables. Le mas de vos rêves, s'il ne se résume pas à un tas de pierres, vous coutera des centaines de milliers d'euros.

Dans le cas - improbable - où l'on réussit à acquérir ce lieu rêvé, les vrais problèmes ne font que commencer. Il n'y a ni eau, ni électricité, ni épuration... et parfois pas d'accès carrossable. Rendre à nouveau habitable de telles maisons pose des problèmes très concrets dont la résolution constitue des casse-têtes technique, financier, administratif et parfois même juridique. Difficulté supplémentaire classique : tous les lieux situés en "zone coeur" du Parc National des Cévennes sont sous le coup d'une règlementation spécifique très rigide concernant l'architecture, les pistes, etc... Les autorisation de travaux ne sont éventuellement accordées que sous réserve de conditions très contraignantes.

A moins d'être très riche, vous êtes parti pour des années de galère.

Seconde étape de la quête : de quoi allez-vous vivre ? A part dans quelques secteurs (bâtiment, médical...) qui sont ici comme ailleurs en déficit de candidats,  L'emploi "ordinaire" est rare. Il n'y a pas d'industrie, peu de services publics. Si vous ne faites pas partie des élus, vous allez devoir vous tourner vers d'autres pistes que le salariat. Le télétravail est naturellement une solution à réfléchir, sachant qu'Internet et le téléphone portable sont corrects dans les villages, problématiques dans les fonds de vallées éloignés. Certains boulots (comme le mien : musicien) peuvent se faire en grande partie ou l'on veut, tout en nécessitant des déplacements réguliers mais pas ingérables vers la civilisation...

Si vous êtes réellement prêts à changer de vie, vous pouvez aussi monter un projet totalement nouveau pour vous, qui correspondra à des besoins locaux. Cela peut marcher, car les Cévennes sont une terre propice aux initiatives. De fait, énormément de gens ici n'ont pas un travail unique, mais font de la "pluriactivité" en mettant bout à bout leurs diverses compétences, dont chacune ne suffirait pas à les faire vivre : un peu d'accueil, un peu de production et transformation végétale, un peu de services... Tout est possible, et même relativement facilement. Mais il faudra un peu de temps pour que ça se mette en place. De l'énergie, de l'envie, et pas une nature trop anxieuse et inquiète du lendemain. Durant cette période de mise en place, il est possible de vivre à peu de frais si vous n'êtes pas trop exigeant en confort, et on trouve toujours des petits boulots pour commencer. Bref, on peut s'en tirer, mieux qu'ailleurs je pense, mais pas de manière évidente, toute tracée, pas en claquant des doigts.

Certains choisissent la voie de l'autonomie. Au lieu de travailler pour gagner de l'argent et s'acheter le nécessaire de vie, ils essaient de le produire eux-même, autant que faire se peut. Ils plantent leurs légumes, ils construisent leur maison en matériaux locaux, ils passent beaucoup de temps à récupérer tout ce qui peut l'être, à le remettre en état... ils vont aussi loin que possible dans la direction de la frugalité. C'est une démarche courageuse et difficile, mais chacun peut choisir de mettre le curseur là ou il le souhaite et le peut...

Récapitulons : en Cévennes il est difficile de se trouver un "chez soi". En Cévennes, le travail est rare, il faut souvent se créer son activité professionnelle, produire partiellement ce que l'on consomme. En Cévennes, le climat est rude et la vie matérielle compliquée.

Pour venir vivre ici, il faudra trouver des solutions à chacun de ces problèmes. Cela ne va pas se faire en 5 minutes.

Mais surtout, surtout : cela ne va pas se faire à distance. Personne ici ne peut rien pour vous et votre rêve si vous êtes ailleurs.

Voilà ce que je peux vous conseiller.

Commencez par venir passer un long moment dans le coin, pour voir comment vous sentez les choses. En dehors de l'été, il est très facile de se loger à pas cher en louant un gîte pour quelques mois. Si vous pouvez rester pendant l'automne, l'hiver et le printemps, ce sera bien. Pendant cette période, allez à la rencontre des gens qui vous entourent, cévenols, les néo-ruraux, les jeunes, les vieux. Cherchez un petit boulot pour tenir. Si à la fin de l'hiver vous êtes toujours sûrs de vous, prolongez l'expérience. Continuez à rencontrer le pays. Investissez-vous dans la vie locale, les associations, le comité des fêtes ou le foyer rural du village...

Lorsque vous commencerez à connaître des gens, lorsque le contact sera correctement établi, parlez-leur de votre recherche de lieu de vie. Sans espérer trouver tout de suite. Cela durera peut-être 2, 3, 5 ou même 10 ans. Mais un jour viendra ou, si vous avez vraiment fait l'effort de rencontrer le pays, il vous le rendra en vous apportant le lieu qui vous conviendra, le travail qui vous plaira...

Comment ? Je ne peux pas vous le dire car toutes les histoires d'installation sont ici singulières et différentes, il n'y a qu'à interroger les gens.

Mais j'en suis certain.

Allez les amis, bon courage, et à bientôt peut-être. Tenez-moi au courant.
15/06/2012
21/01/2009
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